Mon pays, qui est mon pays d'adoption, est le plus beau du monde !

Je vous y invite pour une balade, pas une randonnée, pas une promenade. Non, je vous invite à le goûter, le déguster. Sachez le mériter car lui mérite que vous le respectiez ...
N'y venez pas pour saccager ses sentiers avec vos VTT, vous les abîmeriez : ils sont fragiles comme sa faune et sa flore !

Tenez vos enfants par la main et donnez-leur une leçon de choses, c'est l'occasion ou jamais ! Empruntez le premier chemin qui le jalonne et ... adossez-vous à un de ses arbres centenaires, fermez les yeux un moment ... respirez, écoutez, humez, confondez-vous avec lui, prenez le temps d'aiguiser vos sens !
Alors nous pourrons commencer cette balade.


Lorsque vous irez seul ou seuls sur ses chemins, imprégnez-vous de toutes ses sensations quand vous
découvrirez la petite pervenche et la violette des bois dès la fin février, très vite suivies de la morelle douce-amère puis de l'orchis bouffon en avril, cette petite orchidée à la délicate couleur mauve qui les jalonne.
Suivez les parterres sauvages où géraniums et myosotis se mêlent en une joyeuse sarabande qu'entourent jacinthes et boutons-d'or, faisant alors exploser les sous-bois en un feu d'artifice de toutes les couleurs.
Humez les fragrances de ces milliards de fleurs sauvages qui les colorent au cours des saisons, écoutez les chants infinis de ses oiseaux qui s'interpellent par dessus vos épaules, suivez des yeux ses papillons qui vous accompagnent pour vous montrer le chemin : celui de la sagesse et du respect de leur vie éphémère.

Ne vous écartez pas des sentiers qui vous sont proposés,
ils sont faits pour préserver la faune et la flore de notre région.
N'écrasez pas la chrysomèle qui les traverse à la recherche des feuilles les plus vertes. Ne brusquez pas l'orvet qui, comme vous, ne fait que passer. Ils étaient tous là avant vous !
Si vous savez vous montrer discret, vous pourrez même observer le lucane chercher sa belle afin de l'amener vers quelque souche de chêne pour l'amadouer. Et le soir venu, après vous être énivré des senteurs de nos sous-bois, vous aurez le privilège de pouvoir admirer, installé sur une souche, les plus beaux couchers de soleil du monde.
Vous admirerez le ballet des chauve-souris vous annoncer le temps du lendemain et vous entendrez les derniers appels du pic épeiche cherchant à faire rentrer sa progéniture au nid.

Vous apprendrez peut-être, et je vous le souhaite, à connaître ses gens qui en sont tout à la fois la mémoire et les gardiens, comme le bon-vivant Alcide, à La Vicomté, le joyeux drille qui a fait toutes les mers et qui de sa voix caillouteuse vous contera ses croisières sur le "France", en taisant ses années douloureuses de pêcheur à Terre-Neuve ; lui, devenu coureur des bois par goût des bonnes choses et connaissant les coins secrets où poussent les plus beaux champignons.
Vous rencontrerez peut-être, sous la pile du vieux pont de Port Saint-Hubert, une canne à pêche à la main, le fantôme du bon René aux yeux mélancoliques, qui vous dira que malgré ses racines bretonnes, il n'a jamais aimé la mer car elle lui fait peur...; il nous a pourtant quitté au début de juin 1999, enlevé injustement par une saloperie de maladie qu'il a sûrement contracté à terre ... Vous apercevrez sans doute, sur les hauteurs de Saint-Suliac, dans son jardin parce qu'il ne peut plus partir seul avec sa voiture, le sympathique vieux Louis, cet ancien "bistrot" de Saint-Servan qui conte avec tant de truculence ses belles années de moustachu de la guerre 40 ! Vous attendrez la touche qui fera frémir de joie le grand Gérard, cet éternel pêcheur de tout, traînant ses bottes et sa gaule de Lyvet au barrage de la Rance, suivant les saisons et les migrations des poissons qu'il traque sans relâche. Il vous dira sûrement les belles pièces qu'il a sorties de la mer et vous ne sourirez pas, même s'il exagère...
Vous observerez que toutes ces gens ont une chose en commun : la luminosité de leur visage, l'oeil d'un bleu profond, parfois plus clair, parfois plus sombre, selon leur humeur, mais en tout cas le reflet du ciel breton qui les a vu naître. Echappant à cette règle : la courageuse Thérèse, que vous rencontrerez, qui sait ?, en descendant de la Chapelle vers la cale de Mordreuc, à l'angle du Petit Chemin. Outils de jardin à la main, quoique presqu'aveugle, à près de 90 ans, elle continue à planter des fleurs. Taillant ses petits arbustes, l'un en forme d'ancre, l'autre de chaloupe, reproduisant là l'église de Pleudihen et son haut clocher, elle s'apercevra que vous admirez son travail et, humblement, vous demandera si c'est bien fait. Si vous prenez le temps, écoutez-la : elle est pleine de sagesse, étant un peu l'âme de son hameau. Sous les vagues blanches de ses cheveux ébouriffés, elle garde la tête froide et la mémoire vivace.
Quelles émotions vous aurez si vous avez la chance de les croiser ! Par pudeur ils ne vous parleront pas de leurs mauvais souvenirs mais vous feront partager le meilleur de leur pays, si vous savez capter et susciter leur confiance.

Notre vallée de Rance est sobre mais riche tout à la fois. Riche de sa beauté mais aussi de son histoire, même si, n'étant qu'une gamine de soixante mille ans, elle peut donner l'impression qu'après tout elle n'est qu'une des nombreuses visites à faire dans notre pays.
Quand vous aurez fini votre balade, refermez l'album de souvenirs que sera devenue votre mémoire, gardez bien enfouies les sensations que vous aurez vécues et ne les rouvrez que pour ceux qui les méritent : ceux qui, comme vous, pourront les vivre tout en les respectant.....
page publiée depuis mai 1996
dernière mise à jour : juin 1999

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